Dans les deux premiers articles de cette série, nous avons défini la notion de risque, exploré les méthodes pour les identifier et présenté comment réaliser une cartographie des risques. Dans cet épisode, nous allons approfondir la cartographie des risques à travers un cas d’étude concret.
Contexte :
Imaginez que vous êtes un restaurateur depuis 10 ans et avez comme spécialité le gratin dauphinois.
Profil du restaurant :
- Localisation : Ville de 15 000 habitants proche d’une rivière, avec terrasse offrant une vue sur celle-ci
- Capacité : 50 couverts
- Equipe : 1 chef cuisinier, 2 cuisiniers et 2 serveurs.
- Equipement : Four pour la cuisson des gratins
- Réputation : Très bonne, reconnu comme l’un des meilleurs de la région
- Santé & Hygiène : Contrôle sanitaire tous les 2 ans
Fournisseur :
- Fournisseur principal : Un agriculteur local qui est implanté depuis quelques années et n’a que quelques clients dans son portefeuille.
Finance :
- Prêt bancaire : 150 00 euros
- Facilité de caisse : 2 500 euros
- Chiffre d’affaires annuel : 250 000 euros
Investissement :
- Informatique : nouveau système de gestion des commandes entièrement informatisé qui fera gagner du temps aux salariés
- Prix : 5 000 euros
Horaires :
- journées de travail : 6 jours par semaine
Maintenant que nous avons fait cette longue description de votre entreprise, nous allons pouvoir mettre en place la cartographie des risques.
Préalable a une bonne cartographie des risques :
Avant de réaliser une cartographie des risques, il est essentiel d’identifier les différents risques auxquels une entreprise peut être exposée. Pour ce faire, vous pouvez vous appuyer sur les outils présentés dans notre dernière publication sur ce site :
- La roue de Deming
- Matrice SWOT
- PESTEL
- Diagramme d’Ishikawa
Ces indicateurs ne sont pas exhaustifs, mais ils sont utiles et assez complets. Pour ce cas pratique, nous partirons du principe que vous les avez déjà utilisés et que vous avez identifié les différents risques de votre entreprise.
Identification des risques
Tout d’abord, il est important d’avoir une vision globale des risques, qu’ils soient externes ou internes à votre entreprise. Avant de réaliser la cartographie des risques, nous devons analyser l’ensemble des risques auxquels nous sommes confrontés dans cet exemple :
- Risque de panne des fours : Cela s’est produit à deux reprises en 10 ans. Chaque panne a entraîné l’interruption de la production pendant trois jours, représentant une perte de 1 % du chiffre d’affaires annuel.
- Risque réputationnel : Au cours des 10 dernières années, vous avez subi cinq contrôles sanitaires. Un seul d’entre eux a été négatif, entraînant une perte de 15 % de votre chiffre d’affaires cette année en raison de ce scandale.
- Risque d’approvisionnement : Votre fournisseur, qui fournit la marque de fabrique de votre restaurant, rencontre des difficultés financières et risque la faillite. Vous devrez alors trouver un autre fournisseur. Vous estimez que la perte de ce fournisseur pourrait entraîner une baisse de 7 % de votre chiffre d’affaires.
- Risque de ressources humaines : Vos cuisiniers subissent environ trois accidents du travail par an, provoquant une désorganisation importante à chaque fois. Ces incidents entraînent une perte estimée de 4 % du chiffre d’affaires annuel.
- Risque climatique : La rivière à proximité a débordé l’année dernière, obligeant votre restaurant à fermer pendant quatre mois, ce qui a entraîné une perte de 30 % du chiffre d’affaires. Ce type d’événement s’est produit deux fois au cours des quatre dernières années.
- Risque informatique : Votre nouveau logiciel connaît des défaillances, vous obligeant à gérer certains services du soir sans lui. Ces incidents ont entraîné une perte cumulée de moins de 5,5 % du chiffre d’affaires sur l’année, et se sont produits à cinq reprises en un an.
Mesurer l’impact de ces risques
Maintenant que nous avons identifié les risques et évalué leur niveau de gravité, nous pouvons établir deux tableaux : l’un pour la probabilité de survenance de chaque risque, et l’autre pour son impact sur le chiffre d’affaires. Ces échelles permettent de quantifier les risques de votre entreprise : plus un risque est probable et possède un fort impact, plus sa note sera élevée.
Exemple d’échelle de probabilité :
| Niveau | Description |
| 1 | Très improbable |
| 2 | Peu probable (< 1/an) |
| 3 | Possible (1 à 5 fois / an) |
| 4 | Probable (plusieurs fois par an) |
| 5 | Très probable |
Exemple d’échelle d’impact sur le CA :
| Niveau | Perte estimée sur le CA annuel |
| 1 | < 1% |
| 2 | 1 à 5 % |
| 3 | 5 à 10% |
| 4 | 10 à 25% |
| 5 | >25% |
Nous allons maintenant déterminer l’échelle de probabilité pour chacun de nos risques :
| Risque | Fréquence observée | Niveau de probabilité |
| Risque climatique | 2 fois en 4 ans (0,5 fois par an) | 2 (Peu probable) |
| Risque réputationnel | 1 fois en 10 ans | 1 (Très improbable) |
| Risque d’approvisionnement | Pas encore arrêté mais probable | 2 (Peu probable) |
| Panne du four | 2 fois en 10 ans | 2 (Peu probable) |
| Ressources humaines | 3 fois par an | 4 (Probable) |
| Informatique | 5 fois en 1 an | 4 (Probable) |
Échelle d’impact sur le chiffre d’affaires
| Risque | Perte de CA estimée | Niveau d’impact (1-5) |
| Risque informatique | 5,5% | 2 |
| Ressources humaines | 4% | 2 |
| Panne du four | 1% | 2 |
| Approvisionnement | 7% | 3 |
| Réputationnel | 15% | 4 |
| Climatique | 30% | 5 |
Hiérarchiser les risques
Maintenant que nous avons défini nos échelles de probabilité et d’impact sur le chiffre d’affaires, nous pouvons déterminer le niveau de criticité. Cet indicateur permet de hiérarchiser les risques en fonction de leur gravité potentielle. Il se calcule en multipliant la probabilité de survenance par l’impact estimé sur le chiffre d’affaires.
Niveau de criticité = Probabilité d’occurrence * Impact
Plus cet indicateur est élevé, plus le risque est important pour l’entreprise. Il permet ainsi de prioriser les actions à mettre en place : les risques les plus critiques doivent être traités en priorité, tandis que les risques moins significatifs peuvent être gérés dans un second temps.
Déterminons-le à l’aide de nos deux tableaux précédents :
| Nom du risque | Probabilité | Impact | Niveau de criticité |
| Risque de panne du four | 2 | 2 | 4 |
| Risque réputationnel | 1 | 4 | 4 |
| Risque d’approvisionnement | 2 | 3 | 6 |
| Risque de ressources humaines | 4 | 2 | 8 |
| Risque climatiques | 2 | 5 | 10 |
| Risque informatique | 4 | 2 | 8 |
Construire la cartographie des risques
Grâce à ce tableau, nous distinguons clairement les différents niveaux de risque, ce qui nous permet d’identifier ceux à prioriser :
- Le risque climatique et le risque informatique sont les deux risques à traiter en priorité.
- Le risque lié aux ressources humaines et le risque d’approvisionnement doivent faire l’objet d’une surveillance attentive.
- Enfin, le risque réputationnel reste à surveiller, mais il ne constitue pas une priorité immédiate.
Conclusion :
La cartographie des risques constitue bien plus qu’un simple outil de visualisation. Il s’agit d’un véritable levier de pilotage stratégique pour l’entreprise. Dans notre étude de cas, le restaurant a pu identifier et hiérarchiser ses principaux risques climatiques, informatiques, humains et d’approvisionnement en évaluant leur probabilité et leur impact sur le chiffre d’affaires.
Cette démarche met en évidence l’importance d’une approche proactive : anticiper les menaces permet de mieux s’y préparer, de réduire leurs conséquences et d’assurer la continuité d’activité. En plaçant les risques les plus critiques au cœur de sa stratégie de gestion, l’entreprise peut orienter efficacement ses actions de prévention et de mitigation.
Enfin, la cartographie n’est pas un exercice figé. Elle doit être mise à jour régulièrement pour tenir compte des évolutions de l’environnement interne et externe (économiques, technologiques, climatiques, réglementaires…). C’est cette dynamique d’amélioration continue qui garantit la résilience et la performance durable de toute organisation.
Dans le prochain article de cette série, nous verrons comment mettre en place un plan d’action efficace pour gérer ces risques que nous avons a présent identifier.
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